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Evolution de la production et des importations de riz au Sénégal

Evolution de la production et des importations de riz au Sénégal

La production de riz paddy semble être en constante augmentation. Comme le montre la figure suivante, sur la période de 2014 à 2021 la production serait passée de 559 000 t à 1 346 000 t. Cette augmentation viendrait principalement de l’accroissement de la production du riz pluviale en Casamance. La production du riz irrigué de la vallée du fleuve Sénégal est stable depuis l’année 2010.

La production nationale se caractérise par une culture sous pluie en hivernage dans le sud du pays et 2 cultures irriguées par an dans la vallée du fleuve Sénégal. Pour cette dernière, la culture de saison sèche chaude est devenue la principale culture depuis 2013. En 2020 elle représente 65 % des surfaces emblavées sur l’année.

Cependant, cette production est probablement surévaluée (voir Analyse de la production nationale ci-après).

Production de riz paddy au Sénégal
Source : MAER/DAPSA, bulletins mensuels des statistiques économiques de l’ANSD

La production de riz blanchi

La transformation du riz paddy consiste à le décortiquer pour retirer l’enveloppe (±22 % du poids) et à le blanchir et le polir pour retirer le son (12 à 13 % du poids). Une partie du riz blanchi se casse lors de la transformation. Aussi, la production d’une rizerie est composée de riz entier, de brisures de riz et de fines brisures, un sous-produit faiblement valorisé. Il en résulte un taux d’usinage – (proportion de riz entier + brisures de riz) / riz paddy – variant de 55 à 67 % selon la variété, la qualité du paddy récolté et la performance de la rizerie. Avec un paddy de qualité, les rizeries asiatiques obtiennent des taux d’usinage de 60 à 62 %. Les rizeries industrielles de conception occidentale obtiennent des taux d’usinage de 65 à 67 %.

Schéma constituants du riz paddy
Schéma constituants du riz paddy

Lorsque des insectes piqueurs suceurs ou des oiseaux granivores s’attaquent aux cultures durant la phase de remplissage des grains, ou lorsque la nutrition des plantes est insuffisante, le taux d’usinage peut-être de 55 % et parfois moins.

Aussi, pour obtenir la quantité de riz blanc produit, il est plus raisonnable de retenir un taux de 60 % et non le taux théorique de 66 %, rarement atteint. Sur cette base, la production de riz blanchi atteint théoriquement 808 000 t en 2021.

Production de riz blanchi
Source : calcul de l’auteur à partir de la production de riz paddy

Les importations de brisures de riz

Le Sénégal est le 3ème importateur de riz d’Afrique, derrière le Nigéria et la Côte d’Ivoire. Depuis 2014, les quantités importées sont stables entre 960 000 et 997 000 t par an.

Importation de riz blan
Source : ANSD NACE 2007 – 2020

Une des particularités du Sénégal est que les importations portent à plus de 98 % sur la catégorie 100 % brisures. En 2020, ce riz était principalement importé d’Inde (32,70%) de Thaïlande (12,20%) du Pakistan (10,30%) et du Brésil (13,30%). La Thaïlande fournit principalement du riz naturellement parfumé ‘Jasmin’. Les autres origines fournissent principalement du riz ordinaire.

La consommation nationale

En considérant que l’intégralité du riz blanc produit et importé est consommée, la consommation par habitant varierait depuis 2014 selon les années entre 93 et 108 kg par habitant et par an.

Evolution de la consommation de riz blanc
Source : calcul de l’auteur

Selon ces données, la part de la production nationale sur la consommation serait passée de 26 % en 2014 à 42 % en 2020.

Analyse de la production nationale

Quels rendements pour les différents bassins de production ?

Après la floraison, le grain de riz commence à se remplir. Sur une période d’environ 30 jours, il passe progressivement du stade laiteux, au stade pâteux puis au stade dur. A la récolte, le grain contient généralement entre 14 % et 20 % d’eau. Pour être conservé jusqu’à 6 mois sous climat sahélien, il doit être séché à moins de 14 % d’humidité. Lorsqu’il est usiné, le paddy a généralement un taux moyen d’humidité de 13 %. Le riz paddy livré à l’usine contient également des impuretés composées de menues pailles, de balle de riz et de graines de mauvaises herbes. Le taux d’impureté, le plus souvent de l’ordre de 2 à 3 % peut parfois dépasser 20 % lorsque le riz paddy a été fortement attaqué par les oiseaux granivores (Quelea Quelea). Aussi, un paddy aux normes devrait être à 0 % d’impuretés et 13 % d’humidité.

La figure suivante, décrit l’évolution des rendements du riz paddy en t/ha pour les différents bassins de production. Les rendements des cultures irriguées de la vallée y sont logiquement beaucoup plus élevés que les rendements des cultures sous pluies au sud du pays. Ces rendements ont progressé de 5,5 t/ha en 2007 pour atteindre un pic à 7 t/ha pour ensuite décroitre pour atteindre 4,8 t/ha en 2020 puis remonter à un niveau intermédiaire à 6,1 t/ha en 2021. Qu’est-ce qui explique cette évolution à la hausse puis à la baisse ?

Concernant la Casamance, les rendements ont connu une très forte progression de 53 % entre 2014 et 2021, en passant d’un rendement moyen de 1,9 t/ha à 2,9 t/ha. La aussi, qu’est ce qui explique cette très forte progression ?

Rendement en tonnes / ha de riz paddy
Source : calcul de l’auteur à partir de la production de riz paddy

En fait, ces données ne reflètent peut-être pas au plus juste la réalité du terrain. Lors des rencontres professionnelles, les riziculteurs de la vallée s’interrogent fréquemment sur ces niveaux de rendements qu’ils jugent élevés. Par exemple, sur la période 2017 à 2019, les producteurs sous contrats de la Compagnie Agricole de Saint-Louis ont obtenu des rendements compris entre 5 et 5,4 t/ha en saison sèche chaude et entre 3,6 et 3,7 t/ha en hivernage (paddy aux normes). Le Comité Interprofessionnel du Riz (CIRIZ) détermine la marge économique type d’une culture de riz irriguée sur la base d’un rendement de 5,5 t/ha. Il considère cet objectif comme un rendement réaliste. L’atteindre implique de respecter l’itinéraire technique et le calendrier cultural. Ceci n’est souvent pas le cas pour la culture d’hivernage. Quelle que soit la campagne, les cultures subissent également des pertes importantes dues aux oiseaux granivores avec des pertes évaluées par le CIRIZ entre 10 et 20 % pour les campagnes de saison sèche chaude. En hivernage, les dégâts causés par les insectes piqueurs suceurs peuvent être importants et supérieurs à 1 t/ha comme en 2015 et en 2020. Il en résulte qu’à chaque campagne, un certain nombre de producteurs sont indemnisés par la Caisse Nationale d’Assurance Agricole du Sénégal (CNAAS). Le défaut de remboursement des crédits de campagne est de l’ordre de 5 %. Les rendements de ces producteurs sont donc nettement inférieurs à 5 t/ha puisque la récolte n’est pas en mesure de couvrir les charges de production.

Vidéo attaque des oiseaux granivores
Attaque des oiseaux granivores sur les rizières dans le delta du fleuve Sénégal

Concernant les rendements des cultures sous pluies, il conviendrait de distinguer les rendements des cultures de bas-fond et le riz de plateau. Différentes études, réalisées au cours des 10 dernières années, portant sur quelques groupements de producteurs, présentent des rendements moyens de l’ordre de 1,8 t/ha pour la riziculture de bas-fond et de 0,9 t/ha pour la riziculture de plateau. Les rendements sont généralement fortement impactés par la variabilité de la pluviométrie, le manque de maitrise de l’itinéraire technique (fertilisation, désherbage, …) et les dégâts causés par les oiseaux granivores et les insectes. Ces dernières années, la diffusion à large échelle de semences certifiées et d’engrais et d’applications météo agricole sur Androïde a probablement contribuer à améliorer les rendements. De là à expliquer des rendements moyens en 2021 de 2,9 t/ha en Casamance ?

Comment expliquer cette probable surévaluation de la production nationale ?

La première explication peut provenir de la méthode utilisée pour évaluer les rendements. Ils sont déterminés selon la méthode du carré de rendement[1] et non selon la quantité de paddy réellement livrée à la rizerie. Ceci engendre de nombreux biais : i) le carré est souvent représentatif des meilleures parcelles et non de la moyenne de l’exploitation ; ii) le paddy issu du carré est rarement séché à 13 % et correctement vanné pour retirer les impuretés. Ces biais engendre une surévaluation du rendement de 3 à 10 %.

La deuxième explication concerne la surface déclarée par le producteur. Il y a très souvent une confusion entre la surface aménagée, qui comprend la parcelle mais aussi tout ou partie des canaux et des pistes, et la surface cultivée. A titre d’exemple, les parcelles des 3PRD de 1 ha, font en réalité le plus souvent environ 0,95 ha.

Enfin, certaines parcelles ne sont pas récoltées pour des raisons diverses : salinité des sols, pannes d’irrigation ou de drainage, dégâts d’oiseaux, divagation des animaux, parcelles impraticables en saison des pluies… Il est possible qu’une partie des surfaces sinistrées ne soit pas déclarée par les producteurs et donc soit pris en compte pour évaluer la production nationale. Aussi il est probable que la production nationale de riz soit surévaluée depuis plusieurs décennies. Personne n’est en mesure de déterminer à ce jour l’écart entre la production estimée et la production réelle. Pourtant cette donnée serait très utile à l’établissement d’un diagnostic précis sur les difficultés de la filière rizicole au Sénégal et pour y apporter des réponses. En effet, si le volume produit par un producteur n’est pas défini précisément, comment déterminer si son entreprise dégage une marge positive ou négative ?

Comment améliorer la fiabilité des données de production ?

Il existe certainement différentes solutions permettant de fiabiliser la collecte et le traitement des données des productions agricoles. Concernant la filière rizicole, la plus fiable consiste certainement à s’assurer que l’intégralité de la production d’une parcelle soit livrée à une rizerie ou un organisme stockeur équipé d’un pont bascule et de matériel d’analyse, afin de déterminer le taux d’humidité et d’impureté. En effet, seule la connaissance de la surface réelle de la parcelle et le poids aux normes du paddy livré permettent de déterminer le rendement réel.

Pour y parvenir, un des objectifs devrait être de réguler les échanges commerciaux de riz paddy entre les producteurs, les organismes stockeurs et les rizeries. La contractualisation permet de garantir une traçabilité du riz blanchi de la parcelle à la rizerie. Tel n’est généralement pas le cas actuellement. Dans la vallée par exemple, seul le riz paddy couvrant le remboursement du crédit de campagne accordé par une banque doit être livré à une rizerie, soit environ 3 t/ha. Le plus souvent, la prestation de récolte effectuée avec une moissonneuse batteuse, est payée en nature au taux de 18 % de la production. Le solde de la production est fréquemment commercialisé auprès d’organisations de producteurs ou de commerçants qui spéculent ensuite pour revendre le paddy collecté aux rizeries. A l’évidence, ce schéma n’assure pas une traçabilité de la production.

Aussi, afin de structurer la commercialisation du riz paddy, les mesures suivantes pourraient être mises en œuvre :

  • Donner des moyens financiers au Comité Interprofessionnel du Riz (CIRIZ) pour tenir à jour une base de données indépendante sur les riziculteurs, les rizeries et la production réel de paddy et de riz blanchi.
  • Géoréférencement des parcelles agricoles en déterminant leurs surfaces cultivables
  • Agréer les organismes stockeurs et des rizeries pour certifier le système de pesage, de contrôle qualité et de stockage du riz paddy
  • Obliger les riziculteurs bénéficiant d’un crédit de campagne de commercialiser l’intégralité de leur production auprès d’un opérateur agréé.

Si à ces mesures l’on ajoutait l’obligation pour les riziculteurs, les organismes stockeurs et les rizeries d’adhérer à un centre de gestion agréé, cela permettrait en plus d’établir des statistiques fiables sur les marges dégagées par les différents acteurs de la filière. Ces données serraient très utiles pour évaluer et adapter les politiques agricoles.

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